typographie-expressive:

Un coup de dés n’abolira jamais le hasard de Mallarmé mise en page Massin

Le modèle qui organise la page mallarméenne, avec ses jeux sur les pleins et les vides, sur les blancs et les noirs et les différents types de caractères, avec sa suppression de la ponctuation et sa recherche de rythmes visuels, est un modèle musical. Le texte s’y déploie comme une partition typographique. Le résultat obtenu n’en ressort pas moins du domaine pictural. La page est le lieu d’une transmutation : il s’agit, pour peindre la parole, de remplacer certaines qualités sonores par des qualités visuelles. Telle est, prolongeant, dépassant, contestant parfois l’héritage de Mallarmé, l’intuition fondatrice des révolutions futuristes italienne et russe, toutes deux sous le signe d’une forte alliance entre poésie et peinture. Mais pour empêcher que le mot, en approchant de trop près la peinture, ne rende plus aucun son, futuristes italiens et russes, récusant le “sérieux monastique de la page”, auront recours à de nouveaux découpages visuels, véritables orchestrations de couleurs, de bruits et de sons au sein desquelles le poème devient “tableau parlant”, à des ruptures insolites de syntaxe, à des systèmes complexes d’axes et de plans qui se coupent mutuellement en créant une indication de mouvement et d’intensité. Là toutefois s’arrêteront entre eux les ressemblances : la page, qui explose avec Marinetti dans la turbulence sonore de lectures fusant en tous sens, retrouve avec Iliazd, sans doute plus dadaïste que futuriste, l’allure hiéroglyphique et mystérieuse d’un “poème-tableau” rigoureusement construi